Lauréat national de l’appel à projets « Trophées des Collectivités » 2009, la ville de Dunkerque a retenu l’attention du jury pour plusieurs raisons. Le dynamisme de son équipe technique d’abord, ce qui peut paraître banal, mais  n’est pas toujours évident. L’enthousiasme des élus et des techniciens ensuite qui nous a enchantés lors du jury national.

C’est donc avec beaucoup de joie que je suis venu remettre ce prix en main propre  à la ville de Dunkerque. Je dois faire part également de mon attachement  et de mon respect pour le premier magistrat de cette ville, Mr Michel Delbarre, Député-maire.

Cet homme à la carrure impressionnante sait donner l’envie à ses collaborateurs, souvent partants,  de faire bouger les choses. Il fait partie de ces élus toutes tendances confondues, qui vous donnent, à travers sa vision des choses et son intelligence,  l’énergie de l’action.

Enfin, le projet présenté par la ville (avec la maison de la santé et les clubs sportifs) permet à des jeunes de milieux défavorisés, d’accéder au sport, de remplir une mission sociale importante mais complexe tant les cultures sont parfois éloignées. L’avenir appartient aux audacieux et à ceux qui savent se donner les moyens de l’innovation. Les dunkerquois font partie de ceux là.

Dans l’avion qui nous ramène de Marrakech, les idées, les belles images, les discussions s’entremêlent dans ma tête. Nous rentrons d’un séminaire d’équipe passionnant humainement, et utile pour notre année à venir. De nombreux membres  de l’agence (relais locaux, membres du CA, experts associés) nous ont accompagnés. Ils enrichissent notre réflexion et nous ramènent parfois au sens profond de l’action de l’agence, au plus prés des acteurs, des éducateurs, des bénévoles…

Marie-José Lallart, administratrice de l’agence, a fait partie du voyage. C’est une ancienne fonctionnaire de l’UNESCO, poète à ses heures perdues mais aussi dans la vie, et militante de l’enfance de la rue. Elle ouvre des écoles un peu partout en Afrique depuis plus de 25 ans, pour les enfants des rues. Chacune de ses histoires est une aventure, une expérience unique. J’ai écouté, bu ses paroles pleines d’humanité et de fraternité, de ses belles expériences. Marie-José est une femme modeste qui est dans la vérité, l’authenticité. Ce qu’elle apporte à travers ses histoires, je le reçois un peu comme une transmission d’un savoir, d’une expérience, d’une envie d’être contagieuse. C’est aussi une femme libre qui dit ce qu’elle pense sans arrières pensées, ce qui est rare. J’ai senti chez ces jeunes de notre équipe beaucoup d’intérêt à discuter avec elle…

Merci à elle. J’espère que nous saurons être à la hauteur de son engagement pour la jeunesse. Je crains qu’il ne soit  impossible qu’elle ne participe pas aux prochains séminaires.

En visite à Roubaix avec Naël, notre animateur régional avec lequel on sait quand on arrive, moins quand on repart, nous rendons visite à Jean-Pierre Rousselle, mon vieille ami, avec lequel nous avions notamment organisé le 2ème Forum EDUCASPORT à Lille en 2001.

Jean Pierre est adjoint à la sécurité publique à Roubaix. C’est une personnalité qui a marqué notre histoire, celle de l’agence. Il m’a inspiré. ll fait partie de ces rencontres que tu n’oublies pas. De ces hommes qui donnent sans compter, avec une énergie et une vérité formidables. Jean-Pierre a développé le Basket avec des jeunes de sa ville. Des centaines d’entre eux connaissent cet homme charismatique pour lesquels il a été un guide, un soutien.

Jean-Pierre est triste ce soir, à la suite des matchs de l’équipe d’Algérie lors de la Coupe Africaine des Nations qui devrait être une fête. Plus de 300 jeunes des quartiers de Roubaix, mineurs pour la plupart, viennent défier les policiers et les pompiers avec une violence inouïe. Il ne comprend pas cette violence gratuite, et là se pose le problème de la prévention, du suivi de ces jeunes.

Pour ma part, je pense que la prévention doit être repensée en France. Des assises nationales seraient nécessaires pour redonner aux acteurs et à cette jeunesse des ouvertures, un accompagnement différent, en tout cas des outils nouveaux réactualisés à l’aune des problématiques de cette jeunesse. Jean-Pierre passe la plupart de ses soirées dehors à tenter de comprendre parfois l’inexplicable et surtout à ne pas rompre le dialogue. C’est peut-être lui l’éducateur du futur.

Quelle fraternité en 2010 ???

Au sens commun, cette notion désigne un lien de solidarité et d’amitié entre les humains.

Plus on prononce des mots moins on en comprend la signification, moins on y réfléchit, et moins cela a de sens. Le mot « fraternité » est un cas d’école. Employé par tout un chacun, il fait partie de notre devise républicaine et est souvent employé à tort et à travers. Jugez vous-même ; que ce soit dans les discours des hommes politiques en ce de début d’année ou dans les campagnes électorales, employé par des hommes célèbres ou des citoyens anonymes au moment des vœux notamment… hé bien au risque de vous décevoir, pour ma part, ce mot m’angoisse. Sitôt que je l’entends, j’ai envie de l’oublier à la seconde même. Pourquoi ?

Il me semble que plus on en parle moins on le comprend, moins on sait ce qu’il représente, on se perd dans un vocabulaire stérile. Tenez faites un jeu : regardez les personnes qui emploient ce mot. Voyez vous une lueur de fraternité dans leur regard ? De désir de quoi que ce soit ? D’envie de plus d’amour, de solidarité ? J’aimerais que chaque fois que ce terme est prononcé, une sorte de détecteur soit à coté de la personne et nous dise ce qu’elle fait de fraternel chaque jour, chaque mois. Cela nous donnerait envie d’y croire un peu plus. Car  la vraie question est de savoir à quoi sert la fraternité, comment la développer entre nous ? Comment réhabiliter une valeur qui en perd tous les jours ? Chacun ne doit-il pas  se l’approprier, en faire son œuvre personnelle ?

En Afrique par exemple, au Mali en particulier d’où je reviens, la fraternité est très présente dans la famille, dans l’éducation des enfants. Un oncle appelle son neveu son fils, l’éducation des enfants est l’affaire de tous. Les anciens sont écoutés, leur parole est respectée, pas toujours suivie mais ils ont un rôle important dans la famille. Leur exemple, leur expérience est une lumière que chacun peut partager. La bonne humeur, la joie de passer un bon moment ensemble sont toujours présentes, on ne les gâche pas par des susceptibilités stériles, ou de l’égoïsme. Bien sûr, d’aucun pourraient faire la même liste avec les défauts propres à cette culture, mais il n’empêche que ces valeurs simples qui font partie de la fraternité sont vécues différemment dans la culture Malienne. J’avoue que je les trouve infiniment belles, et qu’elles pourraient même être enseignées, diffusées à l’école. On a bien appris l’histoire de France aux pays colonisés, on pourrait dans nos écoles françaises enseigner la fraternité à travers de multiples exemples bouleversants.

Notre fraternité à la française a beaucoup souffert ces dernières années.  Des milliers d’étrangers qui n’intéressent que très peu de personnes, à qui on ne propose pas  d’avenir, aux conditions de vie scandaleuses dans les prisons  notamment, tout cela  devrait interpeller  les Français. Et que dire des propos souvent irresponsables et stériles de certains responsables en tout genre qui parlent parfois de façon méprisante des personnes vivant dans des situations de précarité indignes et inacceptables. Mais que dire aussi de la situation de blocage concernant les réformes qu’il serait utile de mener concernant l’école, les métiers du champ social… où chacun défend son pré carré sans vision d’avenir  et avec bien souvent un égoïsme déconcertant. Il me semble que nous opposons dangereusement les citoyens français qui sont beaucoup plus enclins à la fraternité qu’on ne le croit. Mais pour sentir cette solidarité, il faut pouvoir la percevoir, il faut être capable de se frotter à la réalité.

Depuis trop longtemps, notre pays vit une situation de blocage en ce qui concerne les classes populaires. Les mesures de l’état, quelle que soit leur pertinence, ne suffisent plus. Il faut redonner du sens avec les acteurs de la société civile. Une révolte positive, pacifique et intelligente doit voir le jour. La société civile doit être inventive, terriblement créatrice de nouvelles solidarités. De nombreux acteurs innovent partout en France, grâce à des trésors de générosité, d’énergie, de volonté de s’en sortir et trouvent des solutions pour mieux vivre et pour créer. 

Plutôt que de parler de fraternité, plutôt que de mettre la pression sur le rythme de travail, sur le développement durable  (qu’il faut ne faut pas négliger )… Si on allait à la rencontre des personnes, si on était à l’écoute des citoyens et notamment de ceux qui ne vont pas bien ? Si chacun de nous se demandait ce qu’il peut faire modestement pour l’autre comme aimait à le rappeler sœur Emmanuelle ? Soyons nous même les acteurs du changement, redécouvrons ensemble par des projets les plus fous, par des liens de solidarité improbable, par la folie créatrice de l’humain au service de lui-même. Devenons une sorte de  caisse de résonance d’initiatives locales, créatrices de bonheur et de sens. Parlons un peu moins d’évaluations, de moyens politiques, de réductions budgétaires. Oui tout cela existe, mais recouvrons nos rêves, partons à la recherche de nos envies, redonnons la priorité à ceux que nous aimons. Créons de la richesse immatérielle, celle qui permet aux hommes de vivre en harmonie, de consommer moins de tranquillisants, de déprimer beaucoup moins, d’avoir le sentiment d’exister, en passant moins de temps devant la TV, en réduisant les risques d’obésité.

Notre année 2010 peut ne pas avoir de croissance financière, mais elle doit avoir une nouvelle croissance à laquelle chacun d’entre nous peut apporter sa propre participation, dans sa maison, dans sa ville, dans son entreprise. Cette nouvelle croissance est celle de la solidarité, de la créativité. Revitalisons notre énergie créatrice de sens. Enfin, chaque ville, chaque région, chaque responsable quand il évoque le terme de fraternité, ne doit jamais oublier sa responsabilité à l’égard de ce terme. Le prononcer c’est aussi le faire vivre dans son expérience personnelle, car dans le cas contraire cela reste une belle parole qui salit ce mot magique.

 

Jean-Philippe Acensi

Un voyage d’études relativement long comme le nôtre, nous a aussi permis de faire des rencontres inédites et improbables. Ce fut le cas avec Check Diallo, designer de renommée internationale, mais surtout, un homme plein de curiosité et d’ouverture sur les autres.

Check, avec qui nous avons réfléchi à l’insertion professionnelle des jeunes, nous a fait rencontrer les bonnes personnes grâce à sa connaissance très précise des acteurs importants à Bamako. Mais il a tenu à nous faire visiter un lieu tout à fait incroyable, « la Médina », qui rassemble toute sorte d’artisans, principalement en ferronnerie, travail épuisant réalisé dans des conditions inimaginables.

Mais voila un lieu unique qui permet à plusieurs centaines de personnes de vivre, de produire autour du fer et de sa récupération (génial pour le développement durable). Check, qui connaît de nombreuses personnes à cet endroit, est l’un des rares à y venir régulièrement, car d’après lui c’est un endroit que l’on cache alors qu’il y a lieu d’en être fier. On ressent l’homme ému et touché de nous faire découvrir une réalité malienne, que je me garde bien de juger.

Voila, ce sont les derniers jours de notre mission.

Nous avons fait beaucoup de choses, il nous reste encore des rendez-vous importants dans le quartier où notre centre devrait être implanté. C’est toujours difficile de synthétiser et de préparer les lendemains, mais il le faut. Nous aurions pu rester encore quelques semaines, pour approfondir certaines questions, voir ce qui se fait…

Mais c’est sans fin car il manque toujours des informations complémentaires. Maintenant il faut avancer, penser, rêver l’avenir de notre projet malien que nous voulons le plus ambitieux possible et surtout dans l’intérêt des jeunes maliens.

Hammane Niang est le ministre des sports du Mali. Homme très occupé, mais il a tenu à nous recevoir. C’était notre deuxième rencontre et j’avais gardé un très bon souvenir de son accueil chaleureux et ouvert, bien loin des clichés que l’on trouve  ici et là à propos de certains élus africains. Hammane  s’intéresse vraiment à notre projet, l’idée d’insertion lui semble  bonne, il souhaite que le  démarrage se fasse vite, nous aussi. Il appuiera nos démarches avec force, nous croyons en lui.

J’avais fait la connaissance de Bouba, il y a presque deux ans, lors de notre précédent séjour à Bamako. C’était le  chauffeur du maire de la commune 5 de Bamako. J’avais gardé un bon souvenir de ce grand gaillard.

A mon arrivée à Bamako, je l’ai appelé, nous nous sommes revus, il nous a accompagné et nous nous sommes rendus à Ségou, chez sa sœur.

Ce fut un moment très touchant, avec sa grand mère qui, pour nous souhaiter la bienvenue, s’est mise à danser. Son beau frère, passionné d’éducation, nous a dit tout le bien qu’il pensait de notre projet.

Nous sortons de Bamako, ville attachante mais difficile à vivre à cause de la pollution et de la circulation très dense.

Nous nous rendons à Ségou à 400 km de la capitale malienne. C’est une ville moyenne de 100 000 habitants, située au bord d’un fleuve. Nous sommes logés dans un hôtel  dirigé par un Nantais, homme d’art et de culture que notre ami Fiona connaît bien.

Au programme de ces deux jours visites culturelles : les anciens bâtiments coloniaux,  des artisans dans une école de teinture sur drap, sorte de compagnonnage à la française. On nous explique l’histoire des couleurs,  la signification des dessins, mais surtout que ce lieu est avant tout un centre d’éducation pour les jeunes.

La fin de la journée est consacrée à un tour en pirogue, un peu avant le coucher du soleil. C’est simplement magique. Notre ami Bouba nous présente les gens de l’autre rive, les « Bozons » ethnie qui vit de la pêche. Ils ne parlent pas le français, ni le bambarin visiblement. Leur organisation leur permet d’apprendre à leurs enfants à pêcher pour se nourrir. Je découvre là, une civilisation inconnue, et me garde bien de comparer ou de juger. J’écoute et je profite de l’accueil chaleureux.

Rencontrer l’un des plus grands joueurs africains des 50 dernières années est à la fois une chance et un moment précieux, mais avoir en face de soi Mr Keita homme fin, intelligent et ouvert aux autres fut pour moi et ma collègue Sylvie un grand moment.

Salif nous a reçu avec notre ami et désormais correspondant local Mamadou ancien banquier, homme pragmatique qui n’a pas hésité à demander à Salif ce qu’il compte faire précisément pour notre  projet. A travers cet homme, c’est une partie de l’histoire du Mali qui se déroule.

Salif qui est parti de son pays après avoir raté la finale de la coupe d’Afrique en 1967. Il ne supportait plus les critiques très dures à son égard. Il nous a raconté son incroyable histoire : il a fuit son pays pour se retrouver à St Etienne, puis à Marseille. Salif a ensuite finit sa carrière aux Etats Unis.

Ce qui me frappe chez ce monsieur, c’est une certaine modestie, de la gentillesse, mais surtout d’avoir, tout au long de sa carrière de sportif, tenu à continuer à apprendre. Cela fut pour lui primordial et c’est sans doute ce qui fait de cet homme quelqu’un de libre et d’ouvert.